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« Allah n’est pas obligé » : après la sortie en France le 4 mars, Abidjan se prépare pour le 27 mars 2026

Le 4 mars 2026 a marqué un tournant pour la culture ivoirienne. C’est à cette date que le film d’animation Allah n’est pas obligé a été officiellement lancé dans les salles de cinéma en France. « Allah n’est pas obligé » à l’écran ou le pari fou de transformer le « blablabla » de l’enfant-soldat Birahima en images. Il s’agit d’une adaptation cinématographique du célèbre roman de l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma. Après la France, les salles de cinéma en Côte d’Ivoire se préparent également à le diffuser à partir du 27 mars 2026. Avant cette sortie officielle, une projection en avant-première avait réuni les cinéphiles abidjanais le mercredi 11 février 2026 à l’Institut français d’Abidjan. Et l’événement avait suscité un réel engouement.

La surprise, contre toute attente

Consacré à l’œuvre d’un géant de la littérature ivoirienne, ce film agit tel un talisman qui brise le sortilège du silence autour des classiques ivoiriens. Après des années d’attente autour des Frasques d’Ebinto (enfin annoncé pour octobre 2026), c’est finalement l’ombre d’un classique qui surgit là où on ne l’attendait pas : dans le cinéma d’animation. Zaven Najjar, le réalisateur du film, a surpris le public ivoirien tant par le genre choisi que par son angle d’approche. Au lendemain de la projection du 11 février 2026 à Abidjan, de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux estimaient que le film permet d’aborder la tragédie des enfants-soldats, mais qu’il n’explore pas assez l’univers linguistique et stylistique de Kourouma — ce qui fait pourtant la force de son œuvre. Certains affirment même que la plume « vulgaire » et géniale de l’auteur a été trahie.

Un classique sauvé de l’oubli

D’autre part, certains se réjouissent du fait que ce classique ne fera pas partie de ceux qui, malheureusement, resteront dans l’oubli. Cette adaptation au cinéma a insufflé une nouvelle vie à Birahima, le natif de Togobala, tout en offrant une nouvelle audience au chef-d’œuvre de ce monument de la littérature. Le film a créé un regain d’interêt pour le roman. Vingt-six ans après sa publication, le roman de Kourouma reste un séisme.

À sa sortie en 2000, le livre ne s’est pas contenté de marquer les esprits, il a raflé les plus hautes distinctions :

  • Le Prix Renaudot (consécration de la critique) ;
  • Le Prix Goncourt des Lycéens (preuve de son impact sur la jeunesse) ;
  • Le Prix Amerigo-Vespucci ;
  • Le Grand Prix Jean Giono pour l’ensemble de l’œuvre de l’auteur.

Dans un pays où les classiques comme Les Frasques d’Ebinto attendent encore leur tour, voir Birahima prendre vie est une victoire pour la culture ivoirienne. Il faut le souligner : voir un classique ivoirien adapté au cinéma est un événement rarissime. Si le public attend de pied ferme l’adaptation de Amadou Koné, c’est Birahima, le petit soldat au lexique fleuri, qui ouvre la marche. Pour une littérature qui voyage peu de la page à l’écran, l’enjeu est colossal : réussir à exporter l’imaginaire de Kourouma sans le dénaturer pour un public exigeant.

Kourouma écrivait que « Allah n’est pas obligé d’être juste dans toutes ses choses ici-bas ». Le réalisateur Zaven Najjar n’est pas non plus obligé de suivre le livre à la virgule près. L’adaptation d’un auteur décédé est toujours un exercice d’équilibriste. L’initiative est noble ; pour la Côte d’Ivoire, c’est avant tout un devoir de mémoire. Si le film parvient à susciter de l’intérêt autour de Kourouma, alors le pari sera gagné.