Les clubs de lecture contribuent fortement au dynamisme du secteur du livre en Côte d’Ivoire et ailleurs. À travers des rencontres physiques ou en ligne, ils participent à donner de la visibilité aux œuvres, ce qui se répercute directement sur les ventes. Depuis quelques années, les clubs sont passés de simples regroupements de passionnés à des acteurs essentiels dans la chaîne du livre. Chacun des clubs évolue selon un modèle et des objectifs qui lui sont propres.
Parmi ces clubs, « Les Femmes qui lisent » se distingue par sa cible et son objectif : lire pour transformer des femmes. Ce club est très engagé dans la promotion de la lecture auprès des femmes en Côte d’Ivoire et sur plusieurs continents. Créé en 2021, il compte à ce jour plus de 300 membres dans le monde. Cette importante communauté illustre la dimension remarquable du club, car en Côte d’Ivoire, il est rare de trouver des clubs de lecture qui comptent plus de 50 membres et actifs. Selon Honorine Kadjo, présidente-fondatrice du club Les Femmes qui lisent (FQL), ses membres achètent « 750 livres par an en moyenne, soit un montant estimé à cinq millions de francs CFA par an ». Ces chiffres représentent une contribution significative au marché du livre ivoirien. Honorine Kadjo souligne également : « Il arrive parfois que nous provoquions des ruptures de stock sur les livres que nous choisissons de lire avant nos rencontres. »
En plus des activités de lecture, Les Femmes qui lisent mène des actions sociales en faveur du livre à travers des dons d’ouvrages dans des bibliothèques et des écoles de plusieurs villes de l’intérieur de la Côte d’Ivoire. Grâce à toutes ces initiatives, le club FQL a reçu le Prix national du meilleur club de lecture 2026. Doté d’un million de francs CFA, le prix a été décerné le mardi 28 avril 2026 au Salon international du livre d’Abidjan (SILA), au Parc des expositions. Cette nouvelle distinction littéraire, introduite par le ministère de la Culture et de la Francophonie, vise à encourager les clubs et à souligner leur valeur dans l’écosystème du livre ivoirien.
Quatre mois après cette reconnaissance nationale, CultureNoushi est allé à la rencontre de trois représentantes du club FQL : Honorine Kadjo, fondatrice du club, Sarah Touré, chargée de l’organisation des événements, et Karène Dadié, chargée des projets du club. Trois femmes très occupées professionnellement, mais qui, lorsqu’il est question du club, trouvent les moyens de se libérer pour s’y consacrer.
Interrogée sur le choix de faire des femmes la cible exclusive du club, Karène Dadié explique que Les Femmes qui lisent est né d’un échec en 2020, pendant la pandémie de Covid-19.
« Honorine avait créé un premier club de lecture mixte en 2020, mais ça n’a pas marché, parce que les hommes n’interagissaient pas beaucoup par rapport aux femmes. » Donc, elle a réorienté sa cible pour se concentrer sur les femmes. Depuis lors, l’autonomie des femmes à travers la lecture et des échanges inspirants est le leitmotiv d’Honorine Kadjo : « L’un de mes rêves, c’est de voir les femmes devenir autonomes. C’est un mantra qui guide la plupart de mes décisions. » Mue par sa passion pour la lecture et sa volonté de doter les femmes de compétences sociales et professionnelles, elle a fondé avec des amies « Les Femmes qui lisent », un espace de rencontre dédié aux femmes, où elles peuvent apprendre, se former, partager des lectures et des expériences de vie, et s’inspirer. Un lieu où elles abordent des sujets intimes, sans tabou ni jugement. Au fil des années et des rencontres, le club a tissé des liens entre auteurs et lecteurs, mis en avant des livres, stimulé le marché du livre et renforcé les capacités des femmes grâce à la lecture.
Pour Sarah Touré, ce couronnement est un accomplissement pour le club. Elle avance que depuis le début de l’aventure, la fondatrice n’a jamais perçu les FQL comme une petite structure : « Elle a vu les choses en grand. » Grâce à cette vision, elle a mobilisé les autres femmes du club à s’impliquer davantage pour en faire ce qu’il est aujourd’hui. Désormais, c’est un sentiment de fierté qui anime les membres, mais aussi une sorte de pression pour multiplier les actions ou préserver les acquis. Aux dires des trois femmes, « les membres ne croyaient pas vraiment en leur chance face aux autres clubs qui participaient au concours. » Bien que Les Femmes qui lisent soit un club structuré, que les rencontres se tiennent régulièrement, qu’il reçoive du monde et provoque parfois des ruptures de stock, elles estiment que leur club était quasiment absent des réseaux sociaux et des autres canaux de communication. Ce qui n’était pas le cas des autres clubs de lecture. « Au départ, on n’était pas rassurés parce qu’il y avait de grands noms. Après, on s’est dit : on y va quand même. Tout ce qu’on a à perdre, c’est d’avoir participé », explique Karène Dadié. Depuis ce sacre, « Les Femmes qui lisent » a considérablement gagné en visibilité. Les demandes d’adhésion ont doublé, tout comme les sollicitations des acteurs du livre (auteurs, éditeurs) locaux et internationaux. Une dynamique qui renforce la confiance du club à poursuivre sa mission auprès des femmes.
Selon Honorine Kadjo, beaucoup a été fait, mais il y a encore du chemin à parcourir : « Nous continuons notre mission auprès de notre cible, c’est-à-dire les femmes. »
