Encore une autre soirée de distinction littéraire marquée par l’écrivain Tiburce Koffi. Non pas en refusant un million comme en 2022 au Prix Bernard Dadié, mais plutôt par l’expression de son ressenti lors de son allocution. C’était ce vendredi 17 avril 2026, lors de la cérémonie de remise du Prix Jean-Marie Adiaffi, du Prix Brigitte Guirathé de la critique et du Prix Madeleine Tchicaya. Sur plus d’une soixantaine d’ouvrages reçus, son roman « Dja’nvouê ! », publié aux Éditions Éburnie, a été salué par le prix Adiaffi de la littérature ivoirienne. Doté d’un million de francs CFA, le prix passe, à partir de cette deuxième édition, à 2 millions de francs CFA. Cette fois, ce n’est pas le montant qui pose problème, mais un hommage de trop pour Tiburce. Une consécration qu’il reçoit malgré lui. Au début de son discours, il a rassuré le public : « Je ne vais rien dire de méchant », faisant allusion à la polémique qu’il avait suscitée en 2022 lors de la remise du prix Dadié. Mais Tiburce reste égal à lui-même : provocateur et franc-parleur, dépourvu de toute diplomatie, peu importe la tribune. Devant un public constitué de dirigeants d’institutions, de responsables politiques, du parrain, du représentant de Madame la ministre de la Culture, de confrères écrivains et des médias, il a déclaré qu’il ne veut plus recevoir de distinctions. Il ne dit pas non au respect dû aux aînés, mais il en a marre d’être consacré et de faire de l’ombre à la jeunesse. Il l’a exprimé sans ambages : « J’ai été assez consacré en Côte d’Ivoire comme à l’international et je n’en veux plus ». À 71 ans, avec plus de quarante ans d’écriture, Tiburce Koffi estime que les écrivains de sa génération ne devraient plus concourir aux prix littéraires face aux jeunes talents, tels que Serge Agnessan (mention spéciale du prix pour « L’adieu à Kourouma ») et Abdala Koné, dont il a fait l’éloge de la plume.
Il a évoqué la maxime de son ami et mentor Jean-Marie Adiaffi : « Chaque prix a son prix », pour souligner que les choix des jurys sont parfois influencés soit par la notoriété, soit par la volonté de rendre hommage. Il saisit l’occasion pour exhorter les organisateurs et le jury à privilégier désormais la jeunesse : « Je souhaiterais que les prix cessent de récompenser les écrivains de ma génération. Chers jurys, occupez-vous de la relève », a-t-il déclaré. Si, d’une part, le geste de l’écrivain a reçu des applaudissements et l’approbation dans la salle, comme celui d’un aîné qui veut faire de la place à l’avenir, certains, en revanche, y voient une mise en scène. Pour eux, « si Tiburce ne souhaitait pas ce prix, pourquoi avoir postulé ? »
À cette réaction, il a répondu en affirmant que son ouvrage avait été déposé par son éditeur. Il a également précisé que, s’il avait su qu’il serait choisi, il aurait refusé avant l’annonce officielle. Il a, par ailleurs, rappelé que, pour toutes les distinctions qu’il a reçues, « il n’a jamais postulé personnellement à un quelconque prix. C’est toujours à l’initiative des éditeurs. » Pour sa part, cette sortie ne consistait pas à donner une mauvaise note à la soirée ; il tenait simplement à dire ce qu’il avait dans le cœur. En tant que parrain de la première édition du Prix Brigitte Guirathé de la critique, il venait pour assister à une soirée de distinction, non pas pour en recevoir. Il a terminé son propos en insistant sur le sort de la jeunesse : « Je dis merci au jury, mais occupez-vous de la jeunesse, elle mérite d’être connue, elle mérite d’être consacrée. »
